La masturbation, entre le péché et la libération psychologique : que dit la bible ?
Ecrit par : Alix CARESTIL et Cleef JN Mary
La sexualité a été de tous les temps l’un des sujets fascinants qui a fait couler
beaucoup d’encre. Elle l’est encore plus aujourd’hui au point de devenir l’une des principales
sphères de plaisir de la post-modernité. Les pratiques sexuelles sont nombreuses et elles sont très
prisées aujourd’hui. L’une des activités sexuelles les plus pratiquées dans le monde actuellement
est la masturbation. Elle est très aimée et très utilisée par les adolescents et les adultes (tout âge
confondu). Simple, facile à pratiquer, source de plaisir personnel intense, selon les habitués, la
masturbation devient incontournable comme pratique sexuelle. On parle même de « safe sex »,
d’auto-érotisme.
La masturbation est un sujet à la fois brûlant, troublant pour certains et tabou
pour d’autres. Certains la pratiquent librement et se vantent même de l’avoir utilisé pour se
donner du plaisir, d’autres le font dans la pure discrétion, ne voulant pas que cela soit connu. Ces
derniers se retrouvent quelquefois troublés après l’acte, abattus par un esprit de culpabilité. Pour
certains la masturbation est un péché, pour d’autres elle est une source de plaisir, de libération
psychologique et thérapeutique. Entre le péché et la libération psychologique, que dit la Bible à
propos de ce sujet ? Pour répondre à cette question, nous allons définir le concept masturbation,
voir les diverses conceptions à son endroit au cours des siècles et la position de la Bible sur ce
sujet.
1- Qu’est-ce que la masturbation ?
La masturbation est une pratique sexuelle consistant en des attouchements des organes
génitaux pour se procurer du plaisir, de l’orgasme. La formation de ce mot pour la première fois
dans la langue française a été l’œuvre de Michel de Montaigne dans son apologie de Raimond
1
Alix CARESTIL et Cleef JN MARY,
La masturbation, entre le péché et la libération psychologique
Sebond, au 16e siècle, sous la forme « manustupration ». Le premier terme, « manustupration »,
vient du latin manus, « la main », et stupratio, « l’action de souiller ». La manustupration serait
alors le fait de se souiller par une action de la main, ou encore de se donner du stupre, plaisir
honteux, par la main. Le second terme, « masturbation », vient du latin masturbatio et du
grec mastropeuein, « prostituer » (BRENOT, 2004)
Si l’on se réfère au Dictionnaire de la sexualité humaine du médecin anthropologue
Philippe Brenot (2004), la masturbation peut être définie de la manière suivante : « un
comportement auto-érotique, pouvant également trouver sa place dans la relation à l’autre et
qui participe surtout à la maturation sexuelle par un apprentissage des réactions sexuelles avec
le corps propre ». C’est une définition qui paraît un peu englobant, toutefois l’activité
masturbatoire reste ici centrée sur les zones génitales du sujet et est considérée comme une
pratique sexuelle. Celle-ci, lorsqu’elle est pratiquée seule, entre dans une catégorie plus large que
l’on appelle « l’auto-érotisme » et qui se définit par l’ensemble des activités sexuelles, idéiques
(mentales) ou motrices, dirigées vers son propre corps. La succion du pouce ou se faire des guilis
dans le creux du bras rentrent donc dans cette catégorie.
II- Conceptions de la masturbation au cours de l’histoire
Dans l’Antiquité et le Moyen-Age, la masturbation était l’objet de plaisanterie, de
dérision, elle n’était pas prise très au sérieux, Pourtant, elle n'était pas non plus sujet
d'anathème. Dans les écrits médicaux, on ne trouve pas trop de traités sur le sujet. Claude
Galien, un médecin de l'époque romaine raconte que Diogène, philosophe grec du IVe siècle,
adepte de l'austérité fut condamné pour s'être masturbé sur l'agora. Ayant besoin de se
décharger, le philosophe avait fait appel à une prostituée qui tardait à venir. Quand elle se
présente enfin, il la renvoie car sa main avait chanté la première le chant nuptial. D’après les
commentaires de Galien, les hommes modérés consentent aux rapports non pas par plaisir,
mais parce qu'ils peuvent soigner leurs troubles. Le médecin évoque aussi le problème de
rétention des fluides, plus pressant chez les femmes, surtout pour les veuves, femmes dont les
maris étaient absents, filles avant le mariage. Il recommande en guise de prévention, le toucher
des parties génitales pour provoquer des convulsions s'accompagnant en même temps de
douleurs et de plaisir, suivies de l'émission d'un sperme trouble et abondant. Dès lors, note-t
il, elle sera libérée de tout le mal qu'elle a ressenti (ROTMAN, 2009). A cette époque, la
2
Alix CARESTIL et Cleef JN MARY,
La masturbation, entre le péché et la libération psychologique
3
critique était davantage d’ordre social. Soulignons toutefois que si la masturbation était tolérée
pour les femmes, les enfants et les esclaves, elle n’était pas jugée digne pour un citoyen grec.
Si pour Galien, la masturbation est vue sous un angle positif au point de la
recommander, d’autre la décrit négativement. C’est le cas par exemple, de l’auteur anonyme de
ce fameux texte intitulé « Onania ou l’odieux péché de la masturbation… », écrit entre 1708 et
1716.
. L'auteur explique donc qu'en plus d'être un affreux péché qui détruit l'espèce, la
masturbation a d'innombrables conséquences sur la santé. Rien n'est épargné : gonorrhée,
impuissance, ulcères, convulsions, épilepsie… Cette pratique empêche manifestement la
croissance chez les garçons comme chez les filles. Ou encore beaucoup de jeunes gens qui
étaient robustes et bien bâtis avant de s'adonner à ce vice, s'en sont trouvés épuisés et, la
masturbation privant leur corps de son humidité vitale et réparatrice, devenus secs et émaciés,
ont été conduits à la tombe. Pour se libérer de ce péché, l’auteur propose comme solution le
repentir, la mortification, la multiplication les bains froids, l'exercice… (ROTMAN, 2009).
Quelques années plus tard, soit vers 1728-1797, le célèbre médecin suisse, Samuel
Auguste Tissot, s’articule dans la même veine que l’auteur de « Onania ». Il développe une
thèse affolante « une évacuation de semence excessive affaiblit le système nerveux ». Les
testicules étant, selon lui, un réservoir où est concentré ce qu'on appelle « l’humeur ». Ecrit en
latin et en français, le traité est popularisé dans toute l'Europe où il connaît 61 éditions. En
guise de solution à ce problème, plusieurs traitements sont inventés contre, dit-on, cette «
habitude dégoûtante de l’auto-pollution ». En 1785, un médecin français invente le premier
vêtement anti masturbatoire, un autre une culotte fermée à l'avant avec une serrure. Pendant
tout le 18e et le 19e siècle, la masturbation s’est vu clouer au pilori par la religion et certains
auteurs, médecins en particuliers. Jusqu'en 1912, le Larousse médical illustré continue à
indiquer les méfaits de la masturbation dont un grand affaiblissement physique, la diminution
de la mémoire et de l'intelligence, un état d'abrutissement intense.
Pendant le 20e siècle, grâce aux avancées de la pédiatrie, la sexologie, la psychanalyse,
quelques croyances sur la masturbation vont tomber progressivement. Les pédiatres apportent
la preuve que les nourrissons ont une activité masturbatoire très précoce. Le processus de
Alix CARESTIL et Cleef JN MARY,
La masturbation, entre le péché et la libération psychologique
4
spermatogénèse est décrypté. Il met en évidence que le stock de spermatozoïdes se renouvelle en
permanence, que 100 millions sont fabriqués en moyenne chaque jour et que le risque de stérilité
lié à la masturbation est totalement improbable. L’avènement de la psychanalyse a aussi changé
la donne. La libido devenait le moteur de l’existence. Dans le même temps, le rapport Kinsey
paru en 1948 révéla que 92% des hommes et 58% des femmes se masturbent régulièrement
(HUMBERT ET PALOZZOLO, 2009).
III-La pratique de la masturbation aujourd’hui
Vers la fin du 20e siècle et le début du 21e siècle on assiste, à la faveur des avancées
scientifiques, des mouvements féministes et LGBT, à un grand développement de cette
pratique. En 1987, les premières images d’un fœtus en train de se masturber sont montrées lors
d’un congrès ! Aujourd’hui, de nombreuses recherches portent sur les bienfaits de cette pratique.
Se masturber participe à une forme d’apprentissage de son corps et à une maîtrise de sa
sexualité. Cette activité aurait aussi des vertus antidépressives grâce à la libération
d’endorphines, améliorerait la santé cardiaque. Soulignons toutefois que ce n’est pas la
masturbation particulièrement c’est en fait l’activité sexuelle qui est bonne pour la santé. Quant
au lien protecteur vis à vis du cancer de la prostate, il reste à démontrer. Une étude de 2003 a
conclu que plus la fréquence des éjaculations était élevée, plus le risque de cancer était faible.
Cette activité limiterait l’accumulation de liquide séminal qui pourrait se révéler cancérigène
quand il stagne dans les canaux de la prostate. D’autres études dont une chez des prêtres sont
arrivées à des résultats contraires (HUMBERT ET PALOZZOLO, 2009).
Si autrefois la masturbation était surtout une activité masculine, car contrairement aux
hommes, peu de femmes déclaraient avoir une activité masturbatoire, aujourd’hui tout a basculé.
62 à 82% des femmes des sociétés occidentales avouent avoir déjà eu recours à la masturbation
(passeportsanté,2022).
IV-Que dit la Bible ?
Après avoir mis en relief les considérations d’ordre psychologique sur ce thème, il
convient maintenant de voir le point de vue de Dieu par rapport à la masturbation. Dans cet ordre
d’idées, il importe de mettre l’accent sur l’étymologie grecque du mot « masturbation » pour
Alix CARESTIL et Cleef JN MARY,
La masturbation, entre le péché et la libération psychologique
pouvoir mieux apprécier les considérations bibliques. Selon Brenot (2004), le concept
masturbation vient du mot grec mastropeuein qui a pour définition « prostituer ». Dans cette
optique, il s’avère nécessaire de voir les textes bibliques relatifs au vocable prostituer permettant
de mettre en exergue les pensées de Dieu sur la masturbation. En effet, dans la lettre adressée
aux Éphésiens, Paul a écrit au chapitre 5 :3 ce qui suit : « Que l'impudicité, qu'aucune espèce
d'impureté, et que la cupidité, ne soient pas même nommées parmi vous, ainsi qu'il convient à
des saints. » Il est important de souligner que le mot grec utilisé par Paul sous l’inspiration du
Saint-Esprit pour parler de l’impudicité est « pornéïa ». Selon Cochrane (2006), le mot
pornéïa se définit de la manière suivante : immoralité sexuelle / infidélité / impudicité, débauche.
Au regard de ce texte, il est important de mentionner que l’impudicité signifie tout
comportement dans le domaine d’immoralité sur le plan sexuel.
À ce propos, il est nécessaire de considérer un autre texte de la bible en vue de saisir de
manière plus approfondie la pensée de Dieu sur le terme impudicité. Aux chrétiens de la ville de
Corinthe, Paul a déclaré au chapitre 7 : 3 et 4 de la première épitre les paroles suivantes : « Que
le mari rende à sa femme ce qu'il lui doit, et que la femme agisse de même envers son mari. La
femme n'a pas autorité sur son propre corps, mais c'est le mari; et pareillement, le mari n'a pas
autorité sur son propre corps, mais c'est la femme. » Il faut dire que ce texte est inscrit dans le
cadre de la vie conjugale entre un homme et une femme. Autrement dit, ce texte concerne les
époux et les épouses dans leur relation maritale. Il convient de faire remarquer que le texte a dit
expressément que le mari n’a pas de pouvoir sur son corps, mais c’est sa femme et vice versa. De
ce fait, le mari ou la femme n’a pas le droit de se donner du plaisir sexuel par soi-même. Il est
nécessaire de comprendre le contexte dans lequel les chrétiens de la ville de Corinthe
pratiquaient leur vie chrétienne. Ils pensaient que les couples mariés devraient se passer des
relations sexuelles. En revanche, Paul rétorquait en disant que mari et femme doivent se donner
l’un à l’autre sans réserve et de plus ils ont les mêmes droits sexuels. En outre, il met l’accent sur
un point extrêmement important sur lequel une attention particulière doit être accordée. Il a
précisé que le corps du mari ne lui appartient pas, il est à sa femme et il en est de même pour la
femme. Cette déclaration de l’apôtre Paul sous l’inspiration du Saint-Esprit permet de dire
péremptoirement qu’un homme marié n’a pas le droit d’utiliser son corps en vue de se donner du
plaisir sexuel sous quelque forme que ce soit. Cette interdiction est aussi valable pour l’épouse.
Selon le point de vue de Dieu, il est inconcevable pour qu’un époux ou une épouse de prendre la
5
Alix CARESTIL et Cleef JN MARY,
La masturbation, entre le péché et la libération psychologique
liberté de commettre ou de pratiquer une telle déviation sexuelle au sein de leur vie de couple,
car cela peut entrainer des conséquences néfastes dans leur vie chrétienne. Par ailleurs, il
convient de faire remarquer que cette interdiction ne vise pas seulement les couples mais les
célibataires sont aussi visés par cette consigne. Car la parole de Dieu dénonce et condamne toute
personne qui commet et pratique de l’impudicité.
D’un autre côté, se masturber exige de créer une sorte de fantasme, c’est-à-dire, une
construction imaginaire, une représentation mentale qui permet au sujet qui s’y met en scène
d’exprimer ou de satisfaire un désir plus ou moins refoulé. Il est impossible de se masturber sans
avoir créé des fantasmes ou fixé son esprit sur une scène pornographique, sur une personne
désirée ou sur un plaisir sexuel déjà consommé. Avant d’être physique, la masturbation est
d’abord une activité mentale, psychologique qui demande un effort de concentration et de
fixation de son esprit sur quelque chose. C’est donc une activité ayant rapport à notre pensée. Or
que dit la Bible à ce propos? Paul nous exhorte à garder nos pensées de toute impureté car il
écrit en philippiens 4 :8 « Au reste, frères, que tout ce qui est vrai, tout ce qui est honorable, tout
ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui mérite l’approbation, ce
qui est vertueux et digne de louange, soit l’objet de vos pensées » Se masturber en créant des
fantasmes est une activité qui pollue notre pensée, le chrétien authentique doit être prudent.
Un autre problème de cette pratique est la dépendance. Beaucoup de ceux qui pratiquent
la masturbation tombent très souvent dans le piège de l’addiction ou de la dépendance. La
pratique quotidienne de la masturbation conduit à la dépendance. Un « addict » est celui qui
voudrait réduire ou cesser sa conduite, sa pratique, sans y parvenir. Un grand nombre de
personnes dans le monde sont dépendantes de la drogue, de l’alcool, du tabac, du sexe, de la
masturbation, etc. L’addiction peut même devenir un trouble psychologique, on parle de trouble
obsessionnel/compulsif. Pour s’en sortir on doit faire appel à un psychologue clinique. Il y en a
même certaines personnes qui sont tellement graves qui n’arrivent pas à s’en sortir. Le fait de se
donner à une pratique au point de devenir dépendant ou dominé est une mauvaise chose selon la
Bible. On est devenu esclave car « ….. chacun est esclave de ce qui a triomphé de lui » 2 Pie
2 :19. Or Dieu nous a appelés à la liberté.
Celui ou celle qui se livre à la masturbation vit dans le péché. S’il continue délibérément
une telle pratique dans sa vie sans la confesser à Dieu, il n’aura aucune part dans le royaume des
6
Alix CARESTIL et Cleef JN MARY,
La masturbation, entre le péché et la libération psychologique
cieux qui sera donné aux chrétiens authentiques. La volonté de Dieu pour ses enfants est une vie
de sainteté. « Ce que Dieu veut c’est votre sanctification; c’est que vous vous absteniez de
l’impudicité; c’est que chacun de vous sache posséder son corps dans la sainteté et l’honnêteté »
1 thes.4 :3-4.
Enfin, après avoir passé en revue la masturbation, sa définition, les diverses conceptions à
son endroit au cours des ans, sa pratique aujourd’hui, nous avons pu remarquer que c’est un sujet
fascinant, qui fait couler beaucoup d’encre. C’est une pratique très aimée aujourd’hui. On parle
de « auto-érotisme », de « safe sex », de « libération sexuelle » autant de qualification pour
vanter sa vertu. On parle également de ses vertus psychologiques, thérapeutiques et médicales.
Toutefois, il convient d’attirer votre attention sur quelque chose. C’est qu’on est pas
obligé de pratiquer la masturbation pour bénéficier de ces vertus psychologiques, thérapeutiques
et médicales. Une vie sexuelle saine avec son conjoint permet aussi d’en jouir.
En dépit de l’ensemble de ces éloges pour cette pratique dans le monde d’aujourd’hui, il
n’en demeure pas moins un péché d’après la parole de Dieu. Le péché est la transgression de la
loi. Utiliser son propre corps pour se donner du plaisir sexuel est contraire à la loi de Dieu car
l’homme ou la femme n’a pas autorité sur son corps, c’est l’affaire de son conjoint. Si pour les
gens du dehors, la masturbation conduit à un « soi-disant » libération psychologique et
thérapeutique, pour nous, les chrétiens, c’est un péché.
7
Bibliographie
Alix CARESTIL et Cleef JN MARY,
La masturbation, entre le péché et la libération psychologique
1- Philippe Brenot(2004). Dictionnaire de la sexualité humaine, L’Esprit du Temps.
2-Charlotte Rotman (2009). La traversée du sexe en solitaire, [en ligne]. Adresse :
URL.www.liberation.fr/vous/2009/05/30/la-traversee-du-sexe-en-solitaire_
3-Pierre Humbert et Jérome Palozzolo (2009). Petite histoire de la masturbation, éd. Odile
Jacob
4-Serfati Juliette (2021). Masturbation : Petite histoire d’un vice plein de vertus. [en ligne].
Adresse :URL.www.caminteresse.fr/sante/masturbation-petite-histoire-dun-vice-plein-de
vertus-11138094/ob,
5- Cochrane, J. (2006). Dictionnaire Grec-Français. Distributions évangéliques du Québec
Inc. (p.153).
6- La Sainte Bible. (1910). Éditions Société biblique britannique et étrangère.
8

